L’horreur "made in USA" (3)

Whitehead (1882-1932)
Avec Henry St. Clair Whitehead, nous pénétrons dans cette véritable « communauté » d’auteurs, reliés entre-eux par une correspondance riche et la publication de leurs textes dans les pulps de l’époque. Whitehead poursuit un style assez effrayant de par un insolite incisif et montré. Les lèvres en constitue un bel exemple : un esclavagiste est mordu par une négresse qui lui jette un sort affreux. Sa blessure se transforme peu à peu en une paire de lèvres qui lui murmure sans cesse la même phrase et le conduira à une mort incontournable.

Merritt (1884-1943)
Sept pas vers Satan (1927), Brûle, Sorcière, brûle ! ((1934), La Femme du bois (1935)... Les œuvres d’Abraham Merritt plongent dans le satanisme et la sorcellerie. Mais si les thèmes peuvent apparaître anciens, le style quant à lui est résolument moderne. Merritt nous entraîne dans une voie marquée par une certaine poésie et pose un regard particulier sur les mondes étranges.

Chandler (1888-1959)
Raymond Chandler est avant tout un auteur policier. A son actif une petite incursion du côté du fantastique: La Porte de bronze (1939). On le signale ici juste par exhaustivité, pour satisfaire les collectionneurs...

Lovecraft (1890-1937)
Après Poe, voici l’homme qui marqua d’un fer rouge chauffé aux enfers le monde du fantastique américain. Explorateur de mythologies monstrueuses, maître incontesté de l’horreur, Howard Phillips Lovecraft est le pilier central de ces auteurs propulsés sur le devant de la scène par le magazine Weird Tales. A la fois auteur complet, jouant des mots et de descriptions interminables lorsqu’il s’agit de terreur et conseiller habile pour ses amis écrivains, le génie de Providence est aujourd’hui considéré comme incontournable pour tout amateur de fantastique. Ici aussi on renverra nos lecteurs vers les articles parus dans notre numéro 8 dédié à Poe et Lovecraft ou sur le site www.lefantastique.net. Et pour les impatients, qu’ils se jettent sur Le Cauchemar d’Innsmouth, Je suis d’ailleurs ou encore La Couleur tombée du ciel... ils n’en reviendront pas !

Smith (1893-1961)
Moins connu que Lovecraft, Clark Ashton Smithn mérite pourtant largement qu’on s’arrête à son œuvre. Si l’horreur est moins présente que dans les écrits de son ami, la poésie, elle, submerge ses textes. C’est d’ailleurs principalement de poèmes qu’est composée l’œuvre de Smith. Pour ceux que cet auteur intéresse on signalera le travail remarquable effectué aujourd’hui en France par les éditions de La Clé d’Argent qui publient nombre de textes inédits en français de ce poète de l’étrange et de l’inconnu.

Brown (1906-1970)
Fredric William Brown est connu pour ses nouvelles courtes qui ont fait son succès et qu’on retrouve pour la plupart dans Fantômes et farfafouilles (1963). On vous conseillera également la lecture d’Etaoin Shrdlu (1942), petit bijou de texte fantastique. S’il n’est pas un incontournable du fantastique américain, ses récits restent cependant une lecture très agréable et rafraîchissante qui plaît à la majorité des gens.

Howard (1906-1936)
Lorsqu’on est Texan, les monstres trouvent souvent des adversaires de taille. Avec Robert Erwin Howard, le papa de Conan et de l’héroic-fantasy, pas question que les méchantes créatures et autres morts-vivants ne gagnent ! Ces monstres auront fort à faire avec de varis hommes, biens bâtis et héros dans l’âme... On lira Les Habitants des tombes , Le Tertre maudit ou encore Le Pacte noir...

Wandrei (1908-1987)
Donald Wandrei semble plus connu comme éditeur que comme auteur. Il est vrai qu’il fut le fondateur d’Arkham House, la maison d’édition de Lovecraft. Pourtant son recueil de nouvelles L’œil et le Doigt (1944) contient quelques textes remarquables. On s’arrêtera surtout sur Le miroir peint qui met en scène un enfant attiré par son double maléfique... Wandrei est à redécouvrir en tant qu’auteur pour ceux qui ne connaissent pas encore...

Derleth (1909-1971)
August Derleth est le cofondateur avec Wandrei d’Arkham House. S’il a beaucoup écrit (et notemment certaines œuvres inachevées de Lovecraft, hum !) il reste que son style n’a pas su l’imposer parmi les grands fantastiqueurs américains et que les textes signés de sa plume unique restent en réalité assez rares...

Leiber (1910-1992)
Bien plus à l’aise dans les romans de science-fiction et les oeuvres de fantasy, Fritz Leiber enfanta quelques oeuvres fantastiques. Ballet des sorcières, Notre-Dame des ténèbres, Le Gondolier Noir, Le Pouvoir des marionnettes... Mais tout ceci paraît quasiment anecdotique à côté des ses œuvres SF...

Petit bilan...

Au terme de ce petit panorama, un constat s'impose: un passage du fantastique européen emmené du vieux continent vers un fantastique purement américain a bel et bien existé. Mais on ne peut pas parler de transformation puisque déjà les premiers textes doivent impérativement être lus et compris dans le contexte américain (découverte d'un pays différent, puritanisme, guerre de Sécession,…). Ce qu'il faut retenir de cette émergence du fantastique aux Etats-Unis est que le thème central prend racine dans l'Inconnu et le malaise qu'il entraîne. Le peuple américain a dès le début construit un certain protectionnisme. Celui-ci peut prendre diverses appellations comme "puritanisme", "patriotisme", etc., il n'en reste pas moins un véritable besoin de se protéger face à l'Inconnu. Il est donc évident que la plus grande frayeur du peuple américain est et a toujours été la transgression de leur(s) frontière(s). De l'invasion de morts-vivants aux conquêtes extraterrestres en passant par des dieux endormis, des choses dans les algues ou des mutants assassins, on trouve dans la plupart des récits américains fondateurs cette même peur de l'Inconnu, de cette limite franchie qui mène droit à la folie ou à la mort. Alors qu'en Europe les esprits, fantômes, sorciers et autres diables du passé constituent la richesse première du fantastique, l'Amérique n'a qu'une seule inquiétude, celle de son présent. Tout comme la nation qui la porte, la littérature fantastique américaine se construit au milieu de nulle part. Quoiqu'il en soit, au début du vingtième siècle, le fantastique s'accrochait solidement et pour longtemps aux Etats-Unis et dans l'esprit de ses citoyens.

Christophe Van De Ponseele

 
 
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