| En 2007,
Stéphanie Nicot, rédactrice
en chef de Galaxies décide
de quitter ses fonctions et offre à Pierre
Gevart la possibilité de reprendre la revue.
Mai 2008, le premier numéro de sa nouvelle
mouture est sous presse. Juste avant sa sortie, il nous
paraissait utile d'interviewer son nouveau rédacteur
en chef afin de voir à quoi il nous préparait
et surtout ce qu'il pensait de cette nouvelle aventure qui
s'offre à lui.
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LeFantastique.Net:
Avant de commencer, et pour ceux qui ne te connaissent pas encore,
peux-tu nous expliquer comment tu es arrivé dans le monde
de la science-fiction et ce que tu y as déjà réalisé
?
Pierre Gévart: Bonjour. Voilà
une question qui demande une réponse au moins double. Car
il y a deux arrivées… La première, liée
à mes lectures d’enfance. Jules Verne,
d’abord, "comme tout le monde", mais aussi Bob
Morane, Doc Savage, et
puis un triple déclic: Van Vogt,
avec "Pour une autre Terre", Pierre Pélot,
avec "La septième saison", puisée dans
un carton de services de presse du Fleuve que m’avait donné
le Colonel Rémy pour alléger ses
stocks, et le premier volume du "Secret de l’espadon",
de Jacobs (je dus attendre plus de dix ans pour
trouver le second)… Et l’envie d’écrire,
aussi, dès cinq ans, la certitude que j’écrirais.
Alors, à quinze ans, mes premières nouvelles, à
vingt ans, mon premier roman, jamais publié. Puis, en quelques
années, une dizaine d’autres volumes, dont certains
ont fini par se concrétiser, longtemps après. A
trente ans, j’ai pris en main une émission de radio
- c’était au début de la libéralisation
des ondes – sur la science fiction. Il y en a eu une centaine.
A chaque fois, un thème, un invité, et des extraits
de livres de SF. Et j’écrivais aussi une short que
je lisais et qui était publiée également
dans la presse régionale. En général, je
prenais la plume le mercredi à 10 heures, sans rien connaître
d’autre que le thème, et à onze heures, je
sautais de mon vélo et je remettais le manuscrit (un vrai
!) au journal, qui bouclait juste après. Une sacrée
école ! Puis, plus rien. Je ne lis plus de science fiction,
je n’en écris plus, et au contraire j’aligne
une quinzaine de roman de main stream dont plusieurs seront publiés,
ainsi qu’un texte pour les jeunes qui sort dans le N°102
de "Je Bouquine" et qui se passe à l’âge
du Bronze. Je rencontre aussi le monde du Théâtre,
et j’écris une trentaine de pièces, dont plusieurs
ont été jouées. Seul épisode SF: la
publication au Fleuve, en 1995, de Une planète pour
Copponi, N° 1959 de la collection anticipation, signé
Hugo van Gaert.
Deuxième naissance à la SF: en 1999, l’administration
pour laquelle je travaillais, organise pour sa revue interne (60.000
exemplaires !) un concours de nouvelles de SF. J’écris
"L’archiviste", et j’obtiens le Premier
Prix (avec une croisière sur le Nil à la clef !).
Du coup, ça me relance. Au salon du livre, Bayard me demande
de lui écrire un texte, qu’il refuse, et qui, tel
quel, est accepté trois jours plus tard par Milan. Ce sera
"Les orages de Jouvence". Parallèlement, sur
Internet, nous lançons avec quelques copains une expérience
d’écriture collective, le PUAT (Pour une autre Terre),
sur un site génial hélas disparu, animé par
Fabrice Lhomme. Dans le même mouvement,
j’écris une nouvelle qui obtient le Prix Infini 2001,
et tout cela recommence à me plaire. Présent à
la convention nationale de 2004, en Belgique, je me lance et propose
d’organiser celle de 2006. C’est accepté, et,
en 2005, je crée le fanzine Géante rouge
dont je crois alors qu’il s’arrêtera au numéro
4, celui de la convention de Bellaing. Celle-ci a lieu, et on
y voit une maison d’édition, Eons, dont je fais partie
des fondateurs. Je crée divers Prix et concours (Prix Pépin,
concours Clavène), prends l’habitude de fréquenter
les salons et autres, et, aux Utopiales 2007, Stéphanie
Nicot me propose de reprendre Galaxies. Et puis, il y
a aussi la convention nationale de 2009, que j’organiserai
également… Longue réponse, n’est-ce
pas ?
Lorsque
Stéphanie Nicot a décidé au grand dam de
beaucoup d'abandonner la direction de Galaxies comment es-tu arrivé
à reprendre le bébé en main ?
Si tout s’était passé comme prévu,
je n’aurais joué dans Galaxies qu’un rôle
plus discret, en préparant des dossiers. Mais il y a eu
le coup de tonnerre de septembre 2007: Galaxies placée
en liquidation judiciaire, du jour au lendemain, tout s’arrête.
Alors, à Nantes, Stéphanie, que je n’ai dû
croiser qu’une fois ou deux, et dont je suis étonné
qu’elle mette un nom sur mon visage, me tombe dessus, alors
que je suis en pleine conversation avec Alain Damasio et Ketty
Stewart, et me propose de reprendre le titre. Le temps de demander
l’avis de Nicole, ma compagne, et j’accepte sans plus
réfléchir. Il faut dire que Stéphanie a assorti
son offre du soutien d’un certain nombre des membres du
fandom, soutien financier, car je ne suis pas tout à fait
fou.
Depuis
sa création, Galaxies bénéficie d'une indéniable
aura de qualité et de sérieux, est-ce que cela ne
t'a pas fait peur de te lancer dans cette aventure ?
Non, pourquoi ?
Galaxies
possédait un ton bien à elle. Qu'est-ce que tu vas
conserver de l'ancienne incarnation de la revue et qu'est-ce que
tu comptes y changer ?
Galaxies aura toujours un ton bien à elle. Mais ce ne sera
ni tout à fait le même ni tout à fait un autre.
Ce ne sera pas non plus celui de Géante rouge, dont Fredgev,
qui à la ville partage avec moi la moitié de son
patrimoine génétique, a repris la direction. Un
autre ton. Il est bien évident que, si j’ai décidé
de reprendre aussi les abonnements en cours (ce qui un vrai cadeau,
ce dont doivent être conscients les intéressés
!), ce n’est pas pour décevoir les abonnés.
Mais j’entends aussi de leur part beaucoup de demandes d’évolutions,
d’ailleurs parfois contradictoires.
Comment
vont s'organiser les numéros et peux-tu déjà
annoncer les thèmes ou les auteurs qui seront présents
dans ceux-ci ?
L’organisation restera classique: des nouvelles, un dossier,
des rubriques. Les thèmes des prochains numéros
sont connus depuis le début. Je les ai annoncés
sur le net et ailleurs. Dans l’ordre: N°1 – Alastair
Reynolds, N°2 – le space opera, N°3 – Xavier
Mauméjean, N°4 – Elisabeth Vonarburg, N°5
– Catherine Dufour, N°6 - Sexe, corps et image de soi…
Au-delà, je m’accorde encore des libertés…
Est-ce que
la partie "nouvelles" sera aussi développée
que dans l'ancienne formule ? Que cherches-tu comme textes ? Qui
va les choisir ?
Elle le sera. Je reçois un certain nombre d’avis,
de conseils, mais j’ai une pratique assez personnelle des
choses: le choix final incombe au Rédacteur en chef, et
celui-ci choisit des textes qui lui parlent, ou sollicite des
auteurs qui ont attiré son attention. En particulier, dans
chaque N°, j’espère faire connaître un
auteur encore peu connu, mais prometteur. A cet effet, Géante
rouge et Galaxies ont un dialogue à entretenir…
Etrangement,
alors que nous sommes au troisième millénaire, celui
de 2001, Odyssée de l'espace, la science-fiction semble
avoir quelque peu baisser dans le cœur des lecteurs au profit
de la fantasy. Penses-tu qu'une revue comme Galaxies a encore
sa place dans le paysage de la littérature de genres en
2008 ?
Oui, car je crois que l’humanité va finir
par se sortir de sa crise de désespoir et de refus de l’avenir.
Avec des auteurs comme Reynolds, invité du premier numéro,
et d’autres, on commence à revenir à l’avenir.
Je pense que le frémissement est déjà perceptible,
et Galaxies a son rôle à tenir.
Que penses-tu
d’ailleurs de la nouvelle vague d’écrivains
de science-fiction qui nous arrive depuis quelques années
comme Jeffrey Ford, China Mieville, Greg Egan, Alastair Reynolds,
John Scalzi, David Marusek… ? Qui sont les auteurs qui te
parlent et pourquoi ?
La réponse rejoint celle de la question précédente.
Mais je dois dire que ce que je cherche d’abord, dans un
texte, c’est la qualité de celui-ci. Les auteurs
qui me parlent le plus ne sont pas nécessairement des auteurs
de SF. Le style, le rapport à la langue sont pour moi déterminants.
Et sinon, je reste encore proche des grands anciens. Dick,
que je place très haut, Vance, le
Guin, Priest, Spinrad.
Je ne donnerai pas de préférence chez les "modernes".
J’ai parfois du mal avec eux et avec le mélange des
genres, encore que Neil Gaiman, interviewé
aussi dans le numéro un, m’ait scotché avec
American Gods…
Quelle place
tient aujourd'hui la science-fiction française dans la
littérature de genres ? Qui peux-tu nous citer actuellement
?
Je crois que la SF française a une place bien à
elle. Si je change quelque chose dans Galaxies, ce sera d’ailleurs
le volume à lui réserver. Des gens comme Damasio,
Heliot, Genefort, qui ont certes
eu "leur" Galaxies, mais aussi Mauméjean,
Dufour, Calvez, etc. mais encore
des auteurs plus classiques, qu’on regarde parfois avec
condescendance, parce que, en France, on aime bien frapper d’interdit,
des anciens du Fleuve, dont je fais aussi partie…
Que
va nous présenter Galaxies de cette nouvelle vague en sachant
que Bifrost et Fictions puisent déjà dans ce vivier
?
Bien heureusement, ce n’est pas la guerre des gangs ! Les
auteurs n’iront pas se répartir entre les revues.
Je pense avoir de bonnes relations avec les responsables de Fiction,
et mon premier acte de rédacteur en chef a été
d’inviter à déjeuner Olivier Girard, pour
en finir avec ce soi-disant conflit Galaxies-Bifrost. Je dois
d’ailleurs à la vérité de préciser
qu’en définitive, c’est Olivier qui a sorti
sa carte de crédit le premier ! mais j’aurai ma revanche
! Plus sérieusement, il y a de la place pour trois revues
trimestrielles, et même quatre si je pense à l’excellent
travail que fait Jean-Pierre Fontana, un peu trop confidentiellement,
hélas, avec Lunatique. Et les auteurs n’ont pas à
choisir leur camp, car il n’y a pas de camp.
Est-ce que
la revue va aussi faire des piqûres de rappel sur des auteurs
passés ou installés que les plus jeunes lecteurs
ne connaissent peut-être pas ?
Mais bien sûr, pas comme piqûres de rappel, mais comme
juste information. Pour moi, un livre est toujours le premier.
Mais je ne pense pas en revanche que le rôle de Galaxies
soit de se livrer à l’archéologie, sauf bien
sûr à travers des articles ou des rubriques.
Aujourd’hui,
l’esthétique sciencefictionnelle a pris d’assaut
la littérature générale si l’on se
fie à des auteurs comme Cormac McCarthy, Doris Lessing,
Michel Houellebecq, Thomas Pynchon, Boris Sorokine, Amélie
Nothomb… Certains écrivains de littérature
générale reconnaissent ces emprunts, alors que d’autres
les renient. Comment expliques-tu ce double regard sur la science-fiction
?
Je comprends tout à fait ces deux attitudes, les ayant
pratiquées l’une et l’autre. Reconnaître
qu’on écrit de la science-fiction, c’est se
voir exposé à être frappé du sceau
de l’infamie. Quand j’ai publié au Fleuve,
je pensais alors que la SF était derrière moi, je
commençais à publier du mainstream sous mon nom,
alors, j’ai pris un pseudo. Dix ans après, quand
Eons a ressorti le livre, j’ai voulu récupérer
mon vrai nom. Mais c’est une attitude un peu militante.
Je pense que cela a à voir avec la question générale.
Quand Rufin se défend bec et ongles d’avoir
avec Globalia écrit de la SF,
c’est qu’il craint, je crois, d’être enfermé
dans une catégorie. Quand Houellebecq
s’en réclame, c’est pratiquement de la provoc'
et quand Mauméjean publie en SF des romans qu’il
pourrait publier ailleurs sans problème, c’est presque
du fanatisme (sourire).
Quelle
place la science-fiction occupe-t-elle finalement dans la littérature
de nos jours ?
D’abord, elle occupe une place ! Il y a des lecteurs qui
ne lisent que cela, et donc qui lisent, même si je suis,
là comme ailleurs, opposé à tout sectarisme.
La SF est pour moi importante quand elle est expérimentale,
parfois elle l’est par le style, mais après tout,
Claude Simon, Céline,
Robbe-Grillet, Gracq n’ont
pas eu besoin de SF pour inventer, elle a aussi un statut par
rapport à l’histoire, à la sociologie. Elle
a encore cette faculté d’exorciser, en les matérialisant,
les terreurs sociales ou sociétales. Mais en revanche,
elle innove assez peu. Je crois qu’il faudrait chercher
longtemps pour trouver plus de cinq idées nouvelles, vraiment
nouvelles, dans tout le répertoire mondial… Ce n’est
pas cela qu’on attend d’elle, contrairement à
ce que pensent de jeunes écriveurs (le néologisme
est volontaire) qui vous envoient des textes mal bâtis,
mal écrits, en pensant que l’idée neuve (qui
d’ailleurs en général ne l’est pas,
car ils sont de mauvais lecteurs) suffit…
Et finalement,
qu'attends-tu de cette nouvelle aventure de Galaxies et que veux-tu
apporter à ses lecteurs ?
J’en attends, et j’espère apporter, beaucoup
de plaisir !
Interview réalisée
par Denis Labbé
Liens: site
de Galaxies - site
de Géante rouge
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