William Gibson

Plus de vingt ans après Neuromancien qui marqua le monde de la science-fiction en mettant en place les codes du cyberpunk, William Gibson continue à analyser notre présent pour mieux en cerner les failles. Après Identification des schémas qui s'inscrivait ouvertement dans une mouvance post 11 septembre, Code Source poursuit cette étude d'un 21ème siècle complexe, inattendu et riche en événements. L'auteur a eu la gentillesse de répondre à nos questions afin de nous éclairer sur sa vision d'un monde actuel souvent déboussolant et sur la manière qu'il a de l'évoquer dans ses romans. On y découvre un écrivain pertinent qui est parvenu à cerner l'impact de la science-fiction sur la littérature et le rôle qu'elle peut jouer chez un lecteur.

LeFantastique.Net: Quelles sont vont principales influences littéraires ?
William Gibson: J'ai le sentiment que ma découvert de la science-fiction et du mouvement Beatnik à la même période a eu un énorme impact sur moi.

Vos histoires évoquent principalement les thèmes de la virtualité et des ordinateurs. Quelle place tiennent les mondes virtuels dans votre vie et votre œuvre ?
Il me semble que l'idée de la virtualité nous a toujours accompagnés. La langue crée des structures virtuelles grâce aux sons, qui sont codifiés par des signes. La caverne fut le premier écran sur lequel projeté la virtualité.

Dans Identification des schémas, le père de Cayce Pollard est présumé avoir été tué dans l'attentat du World Trade Center. Pensez-vous que le 11 septembre a changé quelque chose dans le monde la science-fiction ?
Le 11 septembre fut le premier événement historique marquant du 21ème siècle, en totale opposition avec tout ce que les 21ème siècles imaginés que l'on a pu lire au 20ème siècle.

Par opposition à la majorité des livres de science-fiction, vos personnages sont souvent des anti-héros. Pourquoi choisissez-vous de tels personnages socialement inadaptés: marginaux, artistes, joueurs ?
Si l'on veut apprendre comment quelque chose fonctionne, ce qu'il faut faire, c'est observez tout cela quand c'est cassé. Il faut regarder là où la surface est fissurée.

Vous avez une vision complexe et pessimiste de la société depuis Neuromancien. Comment l'expliquez-vous ?
Je me suis toujours considéré comme quelqu'un de relativement optimiste, parce que je crois en l'imagination de l'humanité pour survivre. Lorsque j'ai commencé à écrire, énormément de gens s'attendaient à ce que le monde prennent fin dans un holocauste nucléaire. Mettre en place le monde de Neuromancien me semblait être une chose vraiment optimiste à faire.

Dans vos récits, les cités sont inhumaines, effrayantes et ressemblent à des camps de concentration ou présente un monde souterrain. Croyez-vous que cela représente l'avenir de tous les citadins à travers le monde ?
Cela devrait dépendre de l'endroit où chacun vit. Par exemple, l'Afrique est peuplée de millions d'habitants qui seraient vraiment ravis d'émigrer dans le monde de Neuromancien, et s'y trouverait vraiment mieux. Le monde de Neuromancien est meilleur dès le début. Un jour il pourrait devenir une prédiction vraiment positive de la vie au 21ème siècle.

En 2007, J'ai Lu a publié un gros volume contenant Neuromancien, Comte Zéro et Mona Lisa s'éclate plus de vingt ans après leur première publication. Est-ce que le cyberpunk existe toujours en 2008 ?
De nos jours, le cyberpunk est la coqueluche de la pop culture. On en retrouve partout, que ce soit dans les films ou pour une paire de jeans.

En règle générale, la science-fiction s'intéresse au présent et au futur de l'humanité, mais vos récits se penchent sur la destiné des individus dans un avenir proche. N'êtes-vous qu'un écrivain de science-fiction ?
J'ai toujours pensé que toute la science-fiction ne concernait que le jour où elle a été écrite. Elle ne parle jamais vraiment du futur. En réalité, les outils propres à la science-fiction conviennent parfaitement à l'analyse du monde actuel. Je ne vois pas de quelle manière le monde d'aujourd'hui diffère beaucoup de la science-fiction du 20ème siècle, sauf en étant plus complexe, plus confus que ce que la fiction est capable de faire.

En France, Au Diable Vauvert publie Code Source, votre nouveau roman. Que pouvez-vous dire aux lecteurs français qui vont le découvrir ?
C'est un roman post 11 septembre dont l'ADN doit plus au thriller qu'à la science-fiction, mais la science-fiction y est présente. Je pense que c'est mon roman le plus ouvertement humoristique.

Où avez-vous puisé votre inspiration pour écrire vos deux romans Identification des schémas et Code Source ?
Ils n'auraient jamais pu être écrit sans un accès ADSL à internet. Ce sont toutes deux des œuvres profondément "googled". Surfer sur le net (la phrase semble déjà archaïque) me semble être comme une dérive des Situationnistes.

Certaines personnes semblent penser que la science a échoué dans sa tentative d'améliorer le sort du monde. Quelle est votre avis ? Croyez-vous que la science-fiction a échoué dans sa tentative d'améliorer le sort de la littérature ?
Je ne pense pas que la science-fiction a souvent tenté d'améliorer la littérature, même si certaines œuvres de science-fiction tentent d'améliorer le sort du monde. La science-fiction est une sorte de "temps onirique" du projet moderniste du 20ème siècle.

En comparant vos récits actuels avec ceux que vous avez écrits par le passé, comment a évolué l'écrivain qui est en vous ?
Je fais moins attention aux conventions de genre, même si je continue à apprécier les outils que nous offre le genre. Je ne suis pas certain d'écrire encore de la science-fiction aujourd'hui, mais je suis persuadé que la trousse à outils de la science-fiction est vraiment utile pour examiner la vie au 21ème siècle.

Quels sont vos prochains projets ?
Un autre roman, mais c'est encore trop tôt pour en parler.

Interview réalisée par par Denis Labbé

 

 
 
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