Au Miroir des Sphinx

Bousquet, Charlotte, 2008

Argemmios éditions

 
Second bébé et c’est un bijou. Charlotte Bousquet s’associe avec la maison d’édition pour rééditer des nouvelles parues dans d’autres revues mais retravaillées, améliorées et augmentées. Cet ouvrage est présenté comme un recueil de mini nouvelles mais après lecture c’est un roman en 3 actes dont les chapitres sont les nouvelles elles mêmes (bien qu’elles puissent être lues séparément comme le remarque l’auteure dans son introduction).
 

Le regard tourné vers le couchant, vers les terres arides aux fallacieux reflets d’aurore du royaume d’Occident, nous gardons, sereins et immuables, les frontières. Derrière nous, les eaux du Nil, les papyrus, les rives verdoyantes, giboyeuses et fertiles. Les hommes y demeurent, simples mortels ou fils des dieux – car telle est leur place. Devant nos yeux immobiles, à perte de vue, le désert. Le pays des morts. La terre des ombres. Hantée par ceux qui n’ont su trouver leur chemin jusqu’en Amenti où règne le sage Osiris, infestée par les démons de Seth aux multiples visages, elle est interdite aux vivants. Rares sont ceux qui osent y aborder ; plus rares encore sont ceux qui, après avoir défié l’Ordre du monde, en sont revenus. On les dit changés, ceux qui ont passé le seuil entre les mondes. Certains les croient maudits, morts égarés parmi les vivants, d’autres les pensent bénis y élus ayant accompagné Râ dans sa course nocturne et combattu à ses côtés.

Le prologue annonce la couleur, celle du sable et des énigmes des Sphinx, créatures ancestrales issues de l’imaginaire collectif Egyptien mais que l’on retrouve dans d’autres cultures telle que la Grèce antique. Elles se présentent comme des gardiennes, gardiennes des frontières entre le monde des vivants et celui des morts. Il arrive que certaines d’entre elles, dans des cas très rares, se transforment en messagères mortifères et viennent chercher des humains dont la fin terrestre est proche. Ces âmes particulières brûlent d’un feu quasi divin, ces créatures attirées, tels des papillons, prennent le risque de se brûler les ailes. Si un Sphinx venait à se prendre de passion pour vous, prenez tout votre temps pour répondre à ses énigmes.
 
Créature à formes animale et humaine, le Sphinx semble représenter la psyché humaine dans toute sa complexité. Tour à tour félin, rapace ou humain, seuls les sentiments les plus primaires mais aussi les plus élevés nourrissent cette entité ; ce n’est pas tant les réponses à ses énigmes qui importent, mais bien la vie elle-même qui coule et bouillonne en chacun de nous ainsi que les conséquences de nos choix et de nos actes. Chaque nouvelle semble présenter une facette des ruses et efforts humains pour sa propre survie. Survie à une passion trop forte, trop obscure, qui noie les sens dans un brouillard épais et dont on ne sort que par deux portes : la trahison ou l’acceptation et l’abandon de sa propre personnalité. Survie aussi à des évènements qui dépassent notre entendement, la fuite éperdue devant un danger ou l’utilisation de ressources que l’on se refusait à utiliser. Chaque choix, chaque acte amènent obligatoirement l’un des personnages à se voir tel qu’il est. Parfois ce n’est qu’avec l’abandon de tous les artifices que l’on trouve la réponse à notre propre énigme.
Dans cet ouvrage, chaque nouvelle pose une question, apporte une réponse qui engendre d’autres questions… A vous d’y trouver votre vérité.

 

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