C.L.A.F.F.

C.L.A.F.F. ! Drôle de patronyme pour un groupe. Surtout que son géniteur, Claff Germain, en a fait les initiales de La Coopérative Libre des Artistes Fous Furieux.

Qui se cache alors derrière ce rassemblement de musiciens et d'artistes venus d'horizons différents dont le premier album Double Fuck pourrait bien représenter l'une des plus extraordinaires surprises de l'année en France ?

Car il faut l'avouer, la musique de C.L.A.F.F. gorgée de hard rock des années 70, renverse tout sur son passage, en nous assénant des riffs imparables, soutenus par une énergie, une rage et un enthousiasme communicatifs. Si l'on ajoute à cela un son énorme, quelques reprises bien choisies et des musiciens doués, il fallait bien que lefantastique.net se penche sur ce phénomène.

Tout d’abord, peux-tu nous expliquer ton parcours musical avant la création de C.L.A.F.F. ?
Claff Germain: Mon enfance musicale commence par l’accordéon, à l’époque j’étais encore en Normandie puis c’est l’exode à Paris où j’abandonne très vite cet instrument. Le hasard des rencontres fait que je m’inscris au conservatoire en classe de percussions avec un prof de tambour exceptionnel: Maurice Chazal, à qui je rends hommage à chaque fois que je le peux. Du tambour à la batterie il n’y a qu’un pas et je me rend très vite compte que pour impressionner les gonzesses c’était beaucoup plus efficace que le piano à bretelles.
À 18 piges, j’obtiens un premier prix et je deviens remplaçant percussionniste aux Folies Bergères. Mais le Démon du Rock reprend le dessus et j’envoie tout chier un an et demi après. Je décide de consacrer ma vie au Rock and Roll. En 79 je pars voir Led Zeppelin en Angleterre au festival de Knebworth avec une bande de potes du quartier (les fameux Hard Wild) c’est la révélation et je ne m’en remettrai jamais. Ensuite je m’investis à fond dans le groupe Syncop avec mon plus vieil ami Marc Loy: l’aventure dure plus de 6 ans. Ensuite et après la dissolution de Syncop je m’égare dans des groupes improbables de Rock FM où l’on passe plus de temps à se défoncer au lieu de jouer et tourner, du grand n’importe quoi de jeunes cons. Pour finir cette première période musicale de ma vie je deviens le dernier batteur de Jinx. En 1988 j’arrête la musique, écœuré de la façon dont cela se passe dans ce pays qui est tout sauf un pays Rock and Roll. Cela n’a vraiment pas changé depuis d’ailleurs: j'y reviendrai…
Un grand vide musical de 12 années se passe dans ma vie .
En l’an 2000 à l’occasion de mes 40 piges je remets les gants pour le fun et monte le Révérend Blues Gang avec Lionel Raynal, alias le Révérend avec qui j’avais déjà eu l’occasion de jouer dans les années 80. Cela dure 4 ans (2 albums et 1 Live CD – DVD). Quatre ans après le Révérend pète les plombs en pleine montée du groupe et décide de la jouer solo.

Comment t’est venue cette idée de créer C.L.A.F.F. ?
Suite à la dissolution du Révérend Blues Gang je craque total et me dis que là vraiment c’en est trop. Je me sens trahi par la vie et mon ami Lionel. Je décide de monter un projet auquel je donne mon nom. Une coopérative d’artiste: La Coopérative Libre des Artistes Fous Furieux. Un projet qui regroupe des musiciens des techniciens de l’image du son, des effets spéciaux et tout ce qui concerne l’esprit Rock !!! Pendant la période où j’ai arrêté la musique je suis devenu régisseur général événementiel et j’ai eu la chance de rencontrer tout un panel de gens, intermittents du spectacle, des gens bourrés de talents. Mes potes quoi !!!
Ensuite je rencontre Lemmy Kilmister au Zénith de Paris et il me donne sa bénédiction et ses encouragements pour le projet Double Fuck et surtout son accord pour que l’on reprenne Overkill !!! L’histoire est en marche…

Comment s’est déroulé le recrutement des différents musiciens qui interviennent sur l’album ? Comment as-tu réparti les places ?
En ce qui concerne la partie musicale du projet j’ai tout simplement laissé faire la nature. Le projet Double Fuck est basé sur la liberté d’expression: on n'a jamais mis un flingue dans l’cul de quelqu’un pour qu’il joue sur l’album. Les musiciens sont pour certains, de très vieux amis pour d’autres des musiciens rencontrés en tournée avec le R.B.G. ou dans des bars ou tout simplement des artistes que l’on m’avait recommandé. Chacun a trouvé sa place naturellement au sein du projet même si j’avais déjà ma p’tite idée là d’ssus.

Quelles sont tes influences musicales ? A entendre l’album, elles semblent provenir du hard rock des années 70.
Dans l’mille papa !!! Le Rock des années 70 tient une place prédominante dans mes influences. Led Zeppelin, Deep Purple, Johnny Winter et AC DC sont les mamelles du Claff !!!

Les différents morceaux rendent visiblement hommage aux grands acteurs du hard rock, que ce soit dans la construction des morceaux ou dans les clins d’œil: (un petit riff de Led Zeppelin par exemple en fin de "Miss Doe"). Comment s’est déroulée l’écriture des morceaux ? Est-ce que tu as tout composé seul ou les autres musiciens du projet t’ont aidé ?
On a tous bossé ensemble comme des brutes par petits groupes de 2, 3 ou 4. C’est la première fois que je me lance dans la compo et c’est vrai que, pour un batteur c’est pas évident. Pour "Miss Doe" par exemple j’ai tout simplement trouvé des riffs de batterie que j’ai enchaînés et la mélodie de guitare me venait naturellement dans tête. Ensuite je donnais mes indications aux musiciens qui me donnaient aussi leurs idées et le tour était joué. La majeure partie des titres s’est composé comme ça: Façon Shaker.
Sinon avec mon ami Marc Löy on a repris deux titres de l’époque ou on jouait dans Syncop: "Rebel Land" et "Queen of a day". Des morceaux de nos 20 ans. Cela a été un vrai bonheur de pouvoir enfin les enregistrer correctement.

Pourquoi avoir appelé l’album "Double Fuck" ? Cela ne fait pas un peu cliché ?
Même si on trouve que ça fait cliché j’en ai rien à foutre. Cet album est réalisé sans aucune concession. Le Double Fuck est un signe qui est adressé aux soi-disant professionnels de la musique en France. Les producteurs, les décideurs, ou plutôt et souvent les empêcheurs de faire, ont décidé il y a bien longtemps dans ce pays de ne pas diffuser ce type de musique sur les ondes. Le fait de ne pas promouvoir cette musique en France a eu pour résultat d’aliéner les Français qui n’ont pour la plupart même pas idée de ce qu’est réellement le Rock and Roll. C'est quand même dingue que la France soit un des seuls pays en Europe où le Rock n’a pas la reconnaissance qu’il devrait avoir alors que le Rock est encore une des musiques les plus diffusée sur la planète.
Alors moi je dis FUCK !!! et re FUCK !!! La gestuelle des deux bras croisés vient renforcer notre état d’esprit sur ce sujet. C’est maintenant le signe de ralliement des membres de la Coop et des gens qui nous suivent dans cette démarche.

Que signifie la pochette qui représente en fond, le sacre de Napoléon par David avec les deux avant-bras déchirant la toile ?
La toile peinte par David représentant le sacre de Napoléon symbolise à mes yeux tout ce que je hais dans le pouvoir. Cette mascarade est le début de la communication moderne en politique. Il faut savoir que sur ce tableau la plupart des gens représentés n’étaient même pas là le jour du sacre. Les derniers événements politiques qui se sont déroulés en France me rappellent beaucoup cette toile si vous voyez ce que je veux dire. J’ai trouvé la comparaison intéressante. Les deux bras qui déchirent la toile symbolise le refus, le mépris et la révolte. Profitons de nos derniers espaces de liberté car au train où vont les choses, j’ai de sérieuses inquiétudes pour l’avenir de nos kids. Ca sent la Carmagnole !!!

Le son de "Double Fuck" est épais, chaud et fortement "old school" tout en étant très moderne. De quelle manière s’est organisé l’enregistrement ?
Merci de ce compliment: la cour appréciera, notez greffier notez !!! Tout s’est déroulé au Studio Garage avec Bernard Natier et ses assistants. Bernard qui est un des boss du studio est aussi un grand ingé son de concert et responsable en Suisse de toute la diffusion son du festival de Montreux. Il vient aussi de terminer la tournée mondiale de Genesis où il était responsable du système de son. En matière de rock il connaît son affaire et n’a pas de leçon à recevoir. Le mastering a été confié à Georges Moya qui est lui aussi un très grand ingé son de concert et qui tourne dans le monde entier. C’est peut-être là que nous avons trouvé le compromis entre le son old school Rock and Roll et la modernité. Nous avons travaillé en studio avec des ingé son de concert. Pour le reste je pense qu’il a suffi de faire voler les copeaux à la batterie et de faire chauffer à blanc les lampes des Marshall …
Regardez bien le DVD du making off de l’enregistrement, il est très représentatif de ce qui s’est passé. J’en profite au passage pour signaler que l’équipe de tournage qui réalise nos images fait partie intégrante du projet et qu’elle est tout simplement indissociable de l’avenir de La Coop. (On vous prépare des surprises les amis …)

La plupart des paroles parlent de rock, de fun et de blues, mais d’autres semblent plus humoristiques comme "Kill My Banker". Comment s’est déroulée l’écriture des textes ?
On s’est partagé le travail. Certains textes ont été écrits à deux d’autres par une seule personne. Y’a pas eu de règles particulières. Moi j’aime bien donner une idée à quelqu’un et lui laisser libre cours. C’est une façon de faire. Par exemple pour "Kill my banker" j’ai juste demandé à Xavier que j’aimerais bien un texte assez virulent sur les banquiers c’est tout. Le résultat est probant: un texte très fun, mais qui en dit long sur ce que l’on peut penser des banquiers quand on galère dans la musique depuis 30 piges.

Après les 11 morceaux, vous avez ajouté 5 reprises. Pourquoi le choix de ces titres par forcément les plus connus de ces groupes ?
Cet album est aussi construit sur le plaisir. Le plaisir de faire plaisir et le plaisir de se faire plaisir. Un bon album de rock c‘est comme une bonne baise !!! Il faut se régaler !!! Enregistrer dans la même journée "Overkill" et "Go Down" !!! ça vaut tous les plus beaux culs de la planète mothers fuckers !!!
J’ai choisi les reprises en fonction de mes goûts personnels, tout en sachant qu’avec l’équipe de Fous Furieux que l’on avait regroupée on ne devrait pas avoir de problèmes majeurs pour jouer ces titres. Vous savez on a d’excellents musiciens de rock dans ce pays dommage que les gens ne le sachent pas.
Ma préférence pour des titres moins connus n’est que le fait du hasard lié à mes goûts personnels. Souvent les morceaux les plus connus des groupes ne sont à mon humble avis pas les meilleurs, mais bon, là on rentre dans les goûts et les couleurs c’est très délicat et limite philosophique. Chacun se doit d’avoir son idée sur la question.

La maison de disque, qui est une petite structure, semble avoir mis les petits plats dans les grands en sortant un double digipack. Pourquoi avoir choisi Why Note ? Et qui a eu l’idée de ce DVD bonus ?
Oui c’est vrai Why Note s’est investi dans ce projet comme on l’a d’ailleurs tous fait. Le DVD je l’ai imposé car l’un ne va pas sans l’autre. Nous sommes maintenant dans un monde où l’image est aussi importante que le son, c est incontournable et c’est aussi la forme de modernité que l’on peut apporter dans un album comme le nôtre, même s’il a une connotation des années 70–80.
J’ai fait la connaissance des responsables de Why Note à l’époque du R.B.G. Depuis, nous sommes restés en contact et comme pour le reste, les choses se sont déroulées naturellement. Je ne suis pas du genre à cirer les pompes des personnes avec qui je travaille: chacun doit faire son boulot c’est tout. Par contre et je suis sincère sur ce sujet, je les remercie de leur confiance et du fait qu’ils existent car sans eux notre album n’aurait pas pu être distribué correctement dans le réseau national. Et pour trouver une distribution dans ce pays "et bin bon courage les copains !!!"

Avec le recul, quel regard portes-tu sur les différentes vagues de hard rock et de métal en France ? Quels sont les groupes que tu as aimés et ceux qui te branchent actuellement ?
C'est vrai que du recul je commence à en avoir un peu mais je pense ne pas en avoir encore assez pour porter des jugements sur ce qui se fait en ce moment en matière de Hard Rock et de Métal en France. Je n’ai pas encore eu mon compte de fantaisies !!! Et surtout pour être franc, j’avoue humblement que je ne suis pas non plus très au courant des nouveautés du moment.
Par contre je peux vous parler de mon expérience des années 80 qui je pense a été la grande période du Hard Rock en France. J’ai été aussi à cette époque le premier manager du super band Typsy Wit. Je pense sincèrement que ce groupe avait une classe internationale. Dommage qu’une fois de plus l’égo exacerbé des musiciens a tout foutu en l’air.
Sinon bien évidemment comme tous les branleurs de l’époque j’écoutai Trust. D’ailleurs Trust est vraiment le seul groupe que j’ai réussi à supporter bien qu’il chante en français. Le timbre de voix de Bernie collait vraiment à la langue française. C’est très rare non ?
J’ai aussi écouté les groupes français du moment mais la liste serait un peu longue et je risque d’en froisser quelques uns si je les oublie.
Pour terminer j’aimerais citer un groupe de l’époque : Killdozer. Ce qui à mon avis s’est fait de mieux dans le genre. Dommage tout s’est très vite terminé.

Est-ce que C.L.A.F.F. envisage de tourner ? Et sous quelle forme ?
Tourner avec la Coopérative est aussi un fantasme que nous réaliserons. Mais le fait que la Coop soit composée de musiciens de différentes formations, organiser une tournée n’est pas une chose aisée. La disponibilité des uns n’est parfois pas raccord avec la disponibilité des autres. Mais on trouvera une solution et aussi un tourneur assez Fou Furieux pour nous supporter.
Notre première expérience en concert avec tout le staff le 27 mars à la Loco a été une expérience extraordinaire pour nous. Je pense qu’il y a un potentiel énorme au sein de la Coopérative et il serait vraiment dommage que l’on s’en arrête là. Juste pour info: Le concert de la Loco a été filmé par nos équipes et enregistré par le studio Garage. Bientôt des images seront dispo sur claffland.com. Nous n’avons pas encore décidé ce que nous allons faire de toutes ses images, tout ce que je peux vous dire c’est que après avoir vu le résultat : ça l’fait grave !!!

Merci de votre attention !!! à vous les studios !!!
Hasta la Vista et mort aux cons !!!

Claff GERMAIN batteur de Rock, Libre et Fou Furieux.

Interview réalisée par Denis Labbé

Lien: Claff

 

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