Tout
d’abord, peux-tu nous expliquer ton parcours musical avant
la création de C.L.A.F.F. ?
Claff Germain: Mon enfance musicale commence par l’accordéon,
à l’époque j’étais encore en
Normandie puis c’est l’exode à Paris où
j’abandonne très vite cet instrument. Le hasard
des rencontres fait que je m’inscris au conservatoire
en classe de percussions avec un prof de tambour exceptionnel:
Maurice Chazal, à qui je rends hommage à chaque
fois que je le peux. Du tambour à la batterie il n’y
a qu’un pas et je me rend très vite compte que
pour impressionner les gonzesses c’était beaucoup
plus efficace que le piano à bretelles.
À 18 piges, j’obtiens un premier prix et je deviens
remplaçant percussionniste aux Folies Bergères.
Mais le Démon du Rock reprend le dessus et j’envoie
tout chier un an et demi après. Je décide de consacrer
ma vie au Rock and Roll. En 79 je pars voir Led Zeppelin
en Angleterre au festival de Knebworth avec une bande de potes
du quartier (les fameux Hard Wild) c’est
la révélation et je ne m’en remettrai jamais.
Ensuite je m’investis à fond dans le groupe Syncop
avec mon plus vieil ami Marc Loy: l’aventure dure plus
de 6 ans. Ensuite et après la dissolution de Syncop je
m’égare dans des groupes improbables de Rock FM
où l’on passe plus de temps à se défoncer
au lieu de jouer et tourner, du grand n’importe quoi de
jeunes cons. Pour finir cette première période
musicale de ma vie je deviens le dernier batteur de Jinx. En
1988 j’arrête la musique, écœuré
de la façon dont cela se passe dans ce pays qui est tout
sauf un pays Rock and Roll. Cela n’a vraiment pas changé
depuis d’ailleurs: j'y reviendrai…
Un grand vide musical de 12 années se passe dans ma vie
.
En l’an 2000 à l’occasion de mes 40 piges
je remets les gants pour le fun et monte le Révérend
Blues Gang avec Lionel Raynal, alias le Révérend
avec qui j’avais déjà eu l’occasion
de jouer dans les années 80. Cela dure 4 ans (2 albums
et 1 Live CD – DVD). Quatre ans après le Révérend
pète les plombs en pleine montée du groupe et
décide de la jouer solo.
Comment t’est venue
cette idée de créer C.L.A.F.F. ?
Suite à la dissolution du Révérend Blues
Gang je craque total et me dis que là vraiment c’en
est trop. Je me sens trahi par la vie et mon ami Lionel. Je
décide de monter un projet auquel je donne mon nom. Une
coopérative d’artiste: La Coopérative
Libre des Artistes Fous Furieux. Un projet qui regroupe
des musiciens des techniciens de l’image du son, des effets
spéciaux et tout ce qui concerne l’esprit Rock
!!! Pendant la période où j’ai arrêté
la musique je suis devenu régisseur général
événementiel et j’ai eu la chance de rencontrer
tout un panel de gens, intermittents du spectacle, des gens
bourrés de talents. Mes potes quoi !!!
Ensuite je rencontre Lemmy Kilmister au Zénith de Paris
et il me donne sa bénédiction et ses encouragements
pour le projet Double Fuck et surtout son accord
pour que l’on reprenne Overkill !!! L’histoire
est en marche…
Comment s’est déroulé
le recrutement des différents musiciens qui interviennent
sur l’album ? Comment as-tu réparti les places
?
En ce qui concerne la partie musicale du projet j’ai tout
simplement laissé faire la nature. Le projet Double Fuck
est basé sur la liberté d’expression: on
n'a jamais mis un flingue dans l’cul de quelqu’un
pour qu’il joue sur l’album. Les musiciens sont
pour certains, de très vieux amis pour d’autres
des musiciens rencontrés en tournée avec le R.B.G.
ou dans des bars ou tout simplement des artistes que l’on
m’avait recommandé. Chacun a trouvé sa place
naturellement au sein du projet même si j’avais
déjà ma p’tite idée là d’ssus.
Quelles
sont tes influences musicales ? A entendre l’album, elles
semblent provenir du hard rock des années 70.
Dans l’mille papa !!! Le Rock des années
70 tient une place prédominante dans mes influences.
Led Zeppelin, Deep Purple, Johnny Winter et AC DC sont les mamelles
du Claff !!!
Les différents
morceaux rendent visiblement hommage aux grands acteurs du hard
rock, que ce soit dans la construction des morceaux ou dans
les clins d’œil: (un petit riff de Led Zeppelin par
exemple en fin de "Miss Doe"). Comment s’est
déroulée l’écriture des morceaux
? Est-ce que tu as tout composé seul ou les autres musiciens
du projet t’ont aidé ?
On a tous bossé ensemble comme des brutes par petits
groupes de 2, 3 ou 4. C’est la première fois que
je me lance dans la compo et c’est vrai que, pour un batteur
c’est pas évident. Pour "Miss Doe" par
exemple j’ai tout simplement trouvé des riffs de
batterie que j’ai enchaînés et la mélodie
de guitare me venait naturellement dans tête. Ensuite
je donnais mes indications aux musiciens qui me donnaient aussi
leurs idées et le tour était joué. La majeure
partie des titres s’est composé comme ça:
Façon Shaker.
Sinon avec mon ami Marc Löy on a repris deux titres de
l’époque ou on jouait dans Syncop: "Rebel
Land" et "Queen of a day". Des morceaux de nos
20 ans. Cela a été un vrai bonheur de pouvoir
enfin les enregistrer correctement.
Pourquoi avoir appelé
l’album "Double Fuck" ? Cela ne fait pas un
peu cliché ?
Même si on trouve que ça fait cliché j’en
ai rien à foutre. Cet album est réalisé
sans aucune concession. Le Double Fuck est un signe qui est
adressé aux soi-disant professionnels de la musique en
France. Les producteurs, les décideurs, ou plutôt
et souvent les empêcheurs de faire, ont décidé
il y a bien longtemps dans ce pays de ne pas diffuser ce type
de musique sur les ondes. Le fait de ne pas promouvoir cette
musique en France a eu pour résultat d’aliéner
les Français qui n’ont pour la plupart même
pas idée de ce qu’est réellement le Rock
and Roll. C'est quand même dingue que la France soit un
des seuls pays en Europe où le Rock n’a pas la
reconnaissance qu’il devrait avoir alors que le Rock est
encore une des musiques les plus diffusée sur la planète.
Alors moi je dis FUCK !!! et re FUCK !!! La gestuelle des deux
bras croisés vient renforcer notre état d’esprit
sur ce sujet. C’est maintenant le signe de ralliement
des membres de la Coop et des gens qui nous suivent dans cette
démarche.
Que signifie la pochette
qui représente en fond, le sacre de Napoléon par
David avec les deux avant-bras déchirant la toile ?
La toile peinte par David représentant le sacre
de Napoléon symbolise à mes yeux tout ce que je
hais dans le pouvoir. Cette mascarade est le début de
la communication moderne en politique. Il faut savoir que sur
ce tableau la plupart des gens représentés n’étaient
même pas là le jour du sacre. Les derniers événements
politiques qui se sont déroulés en France me rappellent
beaucoup cette toile si vous voyez ce que je veux dire. J’ai
trouvé la comparaison intéressante. Les deux bras
qui déchirent la toile symbolise le refus, le mépris
et la révolte. Profitons de nos derniers espaces de liberté
car au train où vont les choses, j’ai de sérieuses
inquiétudes pour l’avenir de nos kids. Ca sent
la Carmagnole !!!
Le
son de "Double Fuck" est épais, chaud et fortement
"old school" tout en étant très moderne.
De quelle manière s’est organisé l’enregistrement
?
Merci de ce compliment: la cour appréciera, notez greffier
notez !!! Tout s’est déroulé au Studio Garage
avec Bernard Natier et ses assistants. Bernard qui est un des
boss du studio est aussi un grand ingé son de concert
et responsable en Suisse de toute la diffusion son du festival
de Montreux. Il vient aussi de terminer la tournée mondiale
de Genesis où il était responsable du système
de son. En matière de rock il connaît son affaire
et n’a pas de leçon à recevoir. Le mastering
a été confié à Georges Moya qui
est lui aussi un très grand ingé son de concert
et qui tourne dans le monde entier. C’est peut-être
là que nous avons trouvé le compromis entre le
son old school Rock and Roll et la modernité. Nous avons
travaillé en studio avec des ingé son de concert.
Pour le reste je pense qu’il a suffi de faire voler les
copeaux à la batterie et de faire chauffer à blanc
les lampes des Marshall …
Regardez bien le DVD du making off de l’enregistrement,
il est très représentatif de ce qui s’est
passé. J’en profite au passage pour signaler que
l’équipe de tournage qui réalise nos images
fait partie intégrante du projet et qu’elle est
tout simplement indissociable de l’avenir de La Coop.
(On vous prépare des surprises les amis …)
La plupart des paroles
parlent de rock, de fun et de blues, mais d’autres semblent
plus humoristiques comme "Kill My Banker". Comment
s’est déroulée l’écriture des
textes ?
On s’est partagé le travail. Certains textes
ont été écrits à deux d’autres
par une seule personne. Y’a pas eu de règles particulières.
Moi j’aime bien donner une idée à quelqu’un
et lui laisser libre cours. C’est une façon de
faire. Par exemple pour "Kill my banker" j’ai
juste demandé à Xavier que j’aimerais bien
un texte assez virulent sur les banquiers c’est tout.
Le résultat est probant: un texte très fun, mais
qui en dit long sur ce que l’on peut penser des banquiers
quand on galère dans la musique depuis 30 piges.
Après les 11 morceaux,
vous avez ajouté 5 reprises. Pourquoi le choix de ces
titres par forcément les plus connus de ces groupes ?
Cet album est aussi construit sur le plaisir. Le plaisir
de faire plaisir et le plaisir de se faire plaisir. Un bon album
de rock c‘est comme une bonne baise !!! Il faut se régaler
!!! Enregistrer dans la même journée "Overkill"
et "Go Down" !!! ça vaut tous les plus beaux
culs de la planète mothers fuckers !!!
J’ai choisi les reprises en fonction de mes goûts
personnels, tout en sachant qu’avec l’équipe
de Fous Furieux que l’on avait regroupée on ne
devrait pas avoir de problèmes majeurs pour jouer ces
titres. Vous savez on a d’excellents musiciens de rock
dans ce pays dommage que les gens ne le sachent pas.
Ma préférence pour des titres moins connus n’est
que le fait du hasard lié à mes goûts personnels.
Souvent les morceaux les plus connus des groupes ne sont à
mon humble avis pas les meilleurs, mais bon, là on rentre
dans les goûts et les couleurs c’est très
délicat et limite philosophique. Chacun se doit d’avoir
son idée sur la question.
La
maison de disque, qui est une petite structure, semble avoir
mis les petits plats dans les grands en sortant un double digipack.
Pourquoi avoir choisi Why Note ? Et qui a eu l’idée
de ce DVD bonus ?
Oui c’est vrai Why Note
s’est investi dans ce projet comme on l’a d’ailleurs
tous fait. Le DVD je l’ai imposé car l’un
ne va pas sans l’autre. Nous sommes maintenant dans un
monde où l’image est aussi importante que le son,
c est incontournable et c’est aussi la forme de modernité
que l’on peut apporter dans un album comme le nôtre,
même s’il a une connotation des années 70–80.
J’ai fait la connaissance des responsables de Why Note
à l’époque du R.B.G. Depuis, nous sommes
restés en contact et comme pour le reste, les choses
se sont déroulées naturellement. Je ne suis pas
du genre à cirer les pompes des personnes avec qui je
travaille: chacun doit faire son boulot c’est tout. Par
contre et je suis sincère sur ce sujet, je les remercie
de leur confiance et du fait qu’ils existent car sans
eux notre album n’aurait pas pu être distribué
correctement dans le réseau national. Et pour trouver
une distribution dans ce pays "et bin bon courage les copains
!!!"
Avec le recul, quel regard
portes-tu sur les différentes vagues de hard rock et
de métal en France ? Quels sont les groupes que tu as
aimés et ceux qui te branchent actuellement ?
C'est vrai que du recul je commence à en avoir un peu
mais je pense ne pas en avoir encore assez pour porter des jugements
sur ce qui se fait en ce moment en matière de Hard Rock
et de Métal en France. Je n’ai pas encore eu mon
compte de fantaisies !!! Et surtout pour être franc, j’avoue
humblement que je ne suis pas non plus très au courant
des nouveautés du moment.
Par contre je peux vous parler de mon expérience des
années 80 qui je pense a été la grande
période du Hard Rock en France. J’ai été
aussi à cette époque le premier manager du super
band Typsy Wit. Je pense sincèrement que ce groupe avait
une classe internationale. Dommage qu’une fois de plus
l’égo exacerbé des musiciens a tout foutu
en l’air.
Sinon bien évidemment comme tous les branleurs de l’époque
j’écoutai Trust. D’ailleurs
Trust est vraiment le seul groupe que j’ai réussi
à supporter bien qu’il chante en français.
Le timbre de voix de Bernie collait vraiment à la langue
française. C’est très rare non ?
J’ai aussi écouté les groupes français
du moment mais la liste serait un peu longue et je risque d’en
froisser quelques uns si je les oublie.
Pour terminer j’aimerais citer un groupe de l’époque
: Killdozer. Ce qui à mon avis s’est fait de mieux
dans le genre. Dommage tout s’est très vite terminé.
Est-ce que C.L.A.F.F.
envisage de tourner ? Et sous quelle forme ?
Tourner avec la Coopérative est aussi un fantasme que
nous réaliserons. Mais le fait que la Coop soit composée
de musiciens de différentes formations, organiser une
tournée n’est pas une chose aisée. La disponibilité
des uns n’est parfois pas raccord avec la disponibilité
des autres. Mais on trouvera une solution et aussi un tourneur
assez Fou Furieux pour nous supporter.
Notre première expérience en concert avec tout
le staff le 27 mars à la Loco a été une
expérience extraordinaire pour nous. Je pense qu’il
y a un potentiel énorme au sein de la Coopérative
et il serait vraiment dommage que l’on s’en arrête
là. Juste pour info: Le concert de la Loco a été
filmé par nos équipes et enregistré par
le studio Garage. Bientôt des images seront dispo sur
claffland.com. Nous n’avons pas encore décidé
ce que nous allons faire de toutes ses images, tout ce que je
peux vous dire c’est que après avoir vu le résultat
: ça l’fait grave !!!
Merci de votre attention !!! à vous les
studios !!!
Hasta la Vista et mort aux cons !!!
Claff GERMAIN batteur de Rock, Libre et Fou Furieux.
Interview réalisée
par Denis Labbé