Avant
de commencer, pouvez-vous vous présenter pour nos lecteurs
et nous expliquer comment vous êtes arrivé au hard
rock ?
Je suis enseignant et habite en Nouvelle-Calédonie. J’ai
découvert le hard rock avec Trust lorsque
l’album Repression est sorti en 1981, j’avais
13 ans. Puis Accept, Anthrax,
le heavy du début des années 80 en fait. Ce n’est
que plus tard que j’ai effectué le grand virage
seventies: Led Zeppelin, AC DC,
Deep Purple, Hendrix…
Pouvez-vous nous expliquez
la naissance du hard rock ? Quels groupes sont aux sources de
ce genre musical et quelles étaient leurs influences
?
Le hard rock est vraiment né avec Cream
et Vanilla Fudge. Le groupe emmené par
Clapton était influencé par le blues et le rock
psychédélique de l’époque, de même
pour Vanilla Fudge. Le premier titre de hard rock, avec un riff
lourd, est sans doute le morceau "You Really Got Me"
des Kinks en 1964, attribué à
Ray Davis et non Jimmy Page
comme certains le crurent.
A
un moment où les mots "hard rock" ne semblent
plus trop signifier grand chose pour les plus jeunes qui emploient
plus volontiers le terme "metal", qu’est-ce
qui vous a poussé à écrire une encyclopédie
sur ce genre musical ?
Ma passion pour les seventies et ces années de rêve
où la musique pouvait s’exprimer sans contraintes
commerciales, sans aucune compromission. Cette époque
c’est aussi Woodstock, l’Isle Of Wight… ces
gigantesques festivals… une époque de liberté
et de créativité unique.
Votre "Encyclopédie"
du hard rock ne s’intéresse qu’à ce
qui s’est fait de la fin des années 60 au début
des années 80. Pourquoi vous êtes-vous limité
à cette période ? Qu’est-ce qui a changé
à partir des années 80 ?
Au début des années 80, le hard rock devient le
heavy metal. J’aime aussi ce style mais j’affectionne
davantage le son seventies avec souvent un bon vieux orgue Hammond,
des solos de guitare truffés de feeling, l’influence
blues…il fallait faire des choix !
Dans
votre ouvrage, on trouve aussi bien les "dinosaures"
du genre (Led Zeppelin, Deep Purple, Black Sabbath, Grand Funk
Railroad, Uriah Heep, UFO…) que d’obscurs groupes.
Comment s’est opéré votre choix ?
Mon optique était de traiter aussi bien les légendes
que les groupes moins connus ou obscurs et ce sur l’ensemble
de la planète. Les groupes que l’on trouve dans
n’importe quel bouquin généraliste sur le
hard rock sont bien présents mais le livre va plus loin
et touche aussi le collectionneur, déniche la rareté.
C’est le point fort du bouquin.
Il semble que les disques
et les groupes détaillés dans votre livre proviennent
de différentes sources: collection personnelle, références
livresques, magazines, amis… Quelle est la part des uns
et des autres ?
De ma collection personnelle, de références livresques
également. Je conseille le sublime ouvrage de Philippe
Thieyre sur le rock psychédélique américain
1966-1973. C’est du sérieux, rédigé
par un vrai collectionneur. Il y a très peu d’ouvrage
dans ce style et de cette qualité sur le marché.
D’échanges avec amis et passionnés également.
Seules
certaines pochettes apparaissent dans votre livre. Les avez-vous
choisies en fonction de l’importance du groupe, de la
beauté de l’illustration ou des disponibilités
?
Essentiellement, comme pour la première édition
en 2004, pour la beauté, la particularité de la
pochette. Pour la quatrième de couverture et les rabats
j’ai plutôt sélectionné les groupes
dont l’importance est reconnue afin que les gens se repèrent
plus facilement.
Pourquoi tous les groupes
ne bénéficient-ils pas toujours d’une notule
explicative, ni de la liste des musiciens ?
Parce que les musiciens sont inconnus, qu’aucune information
– à ma connaissance bien sûr – n’a
pu être trouvée. Il s’agit de formations,
pour la plupart, ultra confidentielles, des pressages ultra
limités (souvent à quelques centaines de copies
seulement).
Le
hard rock français n’est pas très représenté
finalement dans votre ouvrage. Pour quelle raison des groupes
comme Trans Europe Express, Karoline, Scénario ou Banlieu
Est ne figurent pas dans votre livre alors qu’ils sont
tous très typés hard rock 70 ?
Trans Europe Express est dans la première édition,
tout comme Trust. Les deux volumes forment un "tout".
En revanche je ne connais pas les autres groupes cités.
S’il s’agit de formations des années 80 typées
seventies, je n’ai pas traité ces groupes. Sont
seulement abordés les combos qui ont réellement
joué dans la période 1968-1980.
Au sujet des groupes français,
il semble manquer un album d’Océan, celui de 1980
Barclay n° 96 102, tandis que le Live A+B est daté
de 1979 n°91 064 et non pas 96 102 comme indiqué
sur certaines publicités parues à l’époque.
Tout à fait: il s’agit d’erreurs que l’on
m’a déjà signalées. J’ai omis
cet album qui s’intitule simplement Océan comme
le premier opus. Merci de faire publier tel quel ce passage
de l’interview. Cela me permet d’apporter ce correctif
utile.
Si
vous deviez conseiller quelques albums de groupes peu connus,
quels seraient vos coups de cœur ?
Incontestablement les sublissimes albums de Alamo,
Granicus, Left End, Leafhound,
Totty, Cwt pour n’en
citer que quelques-uns… il y a tant de merveilles oubliées
!
Le "hard rock"
ne bénéficie pas toujours d’une bonne presse
et pourtant de grands groupes ont marqué et marquent
encore le genre. Comment expliquez-vous cela ?
L’imagerie du heavy metal avec toute la panoplie cloutée,
maquillée… a considérablement nuit au style
et a rejailli sur le hard rock pépère des seventies.
Le grand public a vite assimilé le terme hard rock à
des jeunes braillards hystériques, déguisés
comme des guignols. Mais la qualité musicale des grands
groupes de l’époque est telle que rien de pourra
jamais les faire oublier.
A l’opposé,
on se rend compte que depuis le début, le genre a gagné
tous les continents et quasiment tous les pays. Qu’est-ce
qui fait qu’en Australie, au Japon, en Argentine, au Pérou…
des musiciens se sont lancés dans le hard rock ?
Je pense que l’influence anglo-saxonne était plus
répandue dans ces pays. Surtout au Japon, les plus grands
fans de la planète. Pour l’Australie le phénomène
se comprend facilement. Pour l’Argentine et le Pérou,
cela reste tout de même nettement plus limité.
On
constate depuis quelques années déjà la
réédition de nombreux albums de cette période,
que ce soit pas la maison d’origine ou par des indépendants,
dans des versions souvent remasterisées ou accompagnées
d’inédits. Qu’en pensez-vous ? Faut-il acquérir
ces albums ou vaut-il mieux fouiller les bacs à la recherche
de vinyles parfois rares et chers ?
L’idéal serait d’avoir l’original et
sa réédition. Je ne peux conseiller qui que ce
soit car il s’agit là d’une appréciation
totalement personnelle. Certains affectionnent le son et le
visuel vinyl, l’aspect valeur aussi. Pour d’autres
seule la musique compte, peu importe le support… personnellement
j’affectionne les paper sleeve (réédition
japonaise en CD avec la pochette du LP au format CD). On a le
son et l’image au top !
Vous indiquez d’ailleurs
des cotes approximatives pour les LP présents dans votre
livre. Existe-t-il tant de collectionneurs que cela à
travers le monde ?
Les cotations sont aléatoires. Les collectionneurs de
LP restent largement minoritaires et sont bien cachés.
Est-ce que vous êtes
toujours à la recherche de nouveaux groupes et de nouveaux
disques ?
Toujours. Je suis sans cesse à l’affût de
rééditions, de nouveaux groupes qui n’auraient
jamais été répertoriés, de bandes
exhumées et jamais gravées sur disque.
Interview réalisée
par Denis Labbé